Jean-Pierre Ruelle

RÊVE DE VACHES

 

A quoi rêvent les vaches qui nous regardent ?

 

Sans doute aux jeunes filles qui passent comme le temps, ou à ce voilier en route vers d’autres cieux;

surtout à Jean-Pierre, à cause de la photographie.

 

Son appareil surprend ce que les autres ne voient pas. Ces moments d’absolu où la vie voulait s’enfuir, sur un nuage, au fil de l’eau, dans l’œil parfaitement bombé d’une vache.

 

Celle-ci aime la lumière qui glisse le long de l’aube ou à la tombée du soir. Pour elle, tout est surprise, même les trains qui ne passent plus, même Jean-Pierre qui les contemple comme des statues de femmes effleurant le présent.

Ce glissement est une des clés heureuses de cette exposition. Il se marque dans les étirements et les flous audacieux qui suggèrent que l’existence est en mouvement, avec des arrêts de la taille d’un point que l’œil du photographe saisit pour le transcender - pur contraste entre l’immobile et l’aérien, comme pour dire que le monde s’écoule à la façon d’une rivière, mais que chacun peut y cueillir un fragment, le temps de la photographie.

Dans l’œuvre de Jean-Pierre Ruelle, l’instant de l’image libère des frémissements d’humanité, des fraîcheurs d’enfance, des échappées oniriques, ainsi qu’une lucidité douce-amère sur l’existence qui nous pousse peu à peu vers la mort. Faut-il achever ce parcours en signalant l’esprit fraternel que visitent ces photographies ? Jean-Pierre Ruelle est un adulte qui ne s’est pas laissé piéger par la bêtise des adultes. On le croirait adolescent, mais un adolescent de la taille d’un ours brun. Son œuvre, jamais clichée, toujours en quête de nouveauté, d’invention, concilie avec ferveur les minutes sacrées où le temps s’immobilise et l’angoisse que tout s’en va, pour toujours, à l’instar des nuages brassés par la lumière du monde.

- Alain Bertrand -

 

Retrouvez Jean-Pierre Ruelle au Presbytère de Ruette

 

 

 

 


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